Santé animale 22 janvier 2015 à 08h00 | Par Armelle Puybasset

En marche vers la démédication

Dans un contexte de lutte contre l’antibiorésistance et en réponse aux attentes sociétales, les démarches collectives se multiplient pour réduire les usages d’antibactériens. Certaines visent même le « sans antibiotique ».

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En poulet, l’exposition baisse pour toutes les familles d’antibiotiques sauf pour les Fluoroquinolones (25 % des lots traités).
En poulet, l’exposition baisse pour toutes les familles d’antibiotiques sauf pour les Fluoroquinolones (25 % des lots traités). - © A. Puybasset

La baisse des antibiotiques est bel et bien amorcée. En deux ans, l’exposition des volailles a diminué de 10 %. Les efforts de sensibilisation aux bonnes pratiques et à une utilisation raisonnée commencent à porter leurs fruits. Néanmoins, les résultats ne sont pas encore en ligne avec les objectifs de réduction de 25 % en cinq ans du plan Ecoantibio, et en particulier pour les molécules critiques. À la traîne vis-à-vis d’autres productions animales, comme le porc ou le lapin qui ont mis en œuvre des actions collectives et concertées pour réduire leurs usages, la filière avicole semble vouloir rattraper son retard. Mais en a-t-elle le choix ? Les reportages télévisés à charge, certes réalisés chez des éleveurs peu scrupuleux et peu représentatifs, l’obligent à réagir. En témoignent les différentes démarches mises en place au sein des organisations de production, dont quelques-unes en volailles de chair sont présentées dans ce dossier.

 

« La baisse des usages amorcée depuis trois ans doit se poursuivre »

 

La réduction des antibiotiques est une problématique multifactorielle et tous les acteurs ont un rôle à jouer, en particulier le triptyque éleveur-technicien-vétérinaire. L’enjeu est d’anticiper les problèmes sanitaires par une meilleure maîtrise technique et par un retour aux fondamentaux. Le plus dur est de changer les habitudes, notamment dans les élevages forts consommateurs. Deux enquêtes de l’Anses ont montré que les lots faibles utilisateurs sont nombreux tandis que les 10 % de forts utilisateurs représentent plus de 50 % des usages d’anti-infectieux. « Les facteurs techniques sont de mieux en mieux connus… mais ils ne sont pas forcément appliqués », soulignait Julie Puterflam de l’Itavi, lors d’une réunion sur le sujet organisée au Technopole de Ploufragan. « Il faut lever les points de blocage. »
L’économie et la maîtrise du risque sont aussi au cœur du débat, surtout pour les productions à croissance rapide. « Un jour ou deux de croissance en moins en poulet et c’est le revenu de l’éleveur qui s’en va », relevait un technicien. La réduction des antibiotiques en début de lot passe par une amélioration de la robustesse des poussins d’un jour. Dans ce sens, plusieurs travaux de recherches pilotés par Sanivol portent sur la qualité du poussin. Le recours à la vaccination (produits commerciaux et autovaccins) pour renforcer l’immunité de la volaille est une réelle solution.
Des médecines et des produits alternatifs émergent. Mais les avis sont mitigés car l’éleveur attend une réponse aussi rapide qu’avec les antibiotiques. « Ils ne devraient pas être jugés avec les mêmes moyens que les molécules chimiques », estime une vétérinaire. Créé pour connaître l’évolution des usages selon les filières (chair, ponte et gras), l’outil de référence RefA2vi peine à recueillir les données du terrain. Il est pourtant indispensable pour que la filière s’approprie sa démarche de démédication et prouve les efforts faits, auprès des institutions françaises mais aussi à l’étranger. Des pays voisins comme l’Allemagne et les Pays-Bas ont des plans de réduction très ambitieux et se comparent déjà aux concurrents.

- © A. Puybasset

Pour en savoir plus

Voir dossier Réussir Aviculture de janvier-février 2015. RA n°203, p. 10 à 20.

Au sommaire :

. p. 12 - Une baisse des usages d’antibiotiques à poursuivre
Rapport de l’Anses des ventes en 2013

. p. 14 - Bilan des actions Itavi à mi-chemin du plan Ecoantibio 2017
Les actions de recherche et de sensibilisation

. p. 16 - Valeurs d’éleveurs communique sur le « sans antibiotique »
La démarche de Certiferme

. p. 18 - La baisse de l’antibiothérapie est un critère de performances
La démarche Gestion sanitaire durable de Sanders

. p. 14 - Le poulet label rouge d’Auvergne se met au bien-être naturel
Le Syvofa lance la marque BEN

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