Santé animale 20 octobre 2017 à 08h00 | Par F.d'Alteroche

Mieux comprendre la biosécurité pour améliorer les pratiques

La maîtrise de la bonne santé des animaux est au coeur des préoccupations des éleveurs. Pourtant, la notion de biosécurité, approche globale de la santé, est très diversement perçue.

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- © F. D'Alteroche

« La notion de biosécurité regroupe l'ensemble des mesures visant à faire obstacle à l'introduction et à la diffusion d'un pathogène dans le troupeau et celles empêchant ou limitant sa sortie pour éviter de contaminer un autre troupeau, l'homme ou encore l'environnement. On est donc face à des enjeux de santé animale mais également de santé publique dans le cas notamment des zoonoses », explique Cécile Chuzeville du GDS de Saône-et-Loire. Aussi, la biosécurité représente un des leviers d'action de la réduction de l'utilisation des antibiotiques en élevages car moins d'agents pathogènes (bactéries, virus, parasites et champignons) et des agents pathogènes mieux maîtrisés, c'est moins de traitements, moins d'antibiorésistances, moins de pertes, moins d'impacts financiers...

« Les principales mesures de gestion des risques sanitaires sont familières aux éleveurs de bovins, mais le mot « biosécurité » reste encore méconnu voire porteur d'une image négative. En effet, selon une enquête(1) qualitative que nous avons menée à l'Institut de l'élevage, auprès de 44 exploitations laitières ou allaitantes et dans cinq départements français, 77 % des enquêtés déclarent ne pas connaître vraiment le sens de ce mot en élevage bovin. Ce terme est pour eux associé à des productions qualifiées de plus intensives ou bien lié à un type de production industrielle (chimique, nucléaire...) dans lequel ils ne se retrouvent pas. Or, vacciner, pratique courante, constituent des mesures de biosécurité car elles permettent de maîtriser les pathologies », souligne Béatrice Mounaix de l'Institut de l'élevage et co-auteur de l'étude.

Une perception des risques variable

Ce travail a également permis de montrer que si les principaux risques sanitaires sont connus des éleveurs (risques de contamination entre troupeaux et risques internes au troupeau, entre adultes et jeunes par exemple), leur perception varie et « explique en grande partie le choix des mesures mises en oeuvre dans les élevages, parfois incomplètes ou pas toujours effectuées dans les temps », poursuit Béatrice Mounaix. Les exploitants enquêtés considèrent que les mesures de biosécurité les plus importantes sont celles relevant de la biosécurité externe. Ainsi, les actions de prévention sécurisant les échanges d'animaux sont plébiscités par 57 % d'entre eux. « Par contre, la pratique de la quarantaine, sécurisant l'entrée de nouveaux animaux, reste difficile à mettre en application, en raison de possibilités d'isolement limitées dans les bâtiments existants. » Les risques liés aux contacts fortuits entre des troupeaux voisins ou liés aux visiteurs et intervenants sont perçus comme moins graves.

Les pratiques de biosécurité interne sont quant à elles moins bien identifiées. En conséquence, elles relèvent davantage de gestion de situations à problèmes que de prises de précautions. Par contre, la gestion des animaux malades représente l'une des trois mesures jugées importantes par les éleveurs de l'échantillon enquêté pour la sécurité sanitaire.

Un concept qui demande à être explicité

Limiter les frais vétérinaires est la principale motivation des éleveurs enquêtés à améliorer leur biosécurité. Des freins importants existent toutefois. Ils sont majoritairement d'ordre pratique. « La mise en oeuvre de mesures de biosécurité se heurtent le plus souvent aux habitudes de travail ainsi qu'aux contraintes des bâtiments et équipements existants », relève l'étude.

Le terme biosécurité nécessite donc d'être mieux explicité pour en améliorer sa perception, par les éleveurs de bovins. « Il est nécessaire de rechercher ensemble des mesures de biosécurité adaptées au contexte et au fonctionnement des exploitations. C'est pourquoi, suite à cette étude, nous sommes en train de déployer des réunions participatives d'éleveurs et de groupes de co-innovation pour élaborer des solutions de biosécurité innovantes, plus faciles à engager car s'articulant avec l'organisation du travail », conclut Béatrice Mounaix.

Jocelyn Amiot, vétérinaire et président de la commission vaches allaitantes des GTV

« Penser protection de son cheptel »

« La biosécurité ! C'est un terme qui fait peur mais sous ce mot se cachent des notions de bon sens relatives à l'hygiène dont le seul but est de protéger le cheptel de pathogènes externes. D'autre part, en respectant en amont les règles de biosécurité, l'éleveur peut financièrement s'y retrouver par la diminution des coûts de traitements », explique Jocelyn Amiot vétérinaire praticien. Un programme de biosécurité comprend à la fois des mesures de biosécurité externe pour prémunir de l'introduction de pathogènes (contrôle et isolement des animaux introduits, hygiène des visiteurs...) et de biosécurité interne pour en prévenir la propagation dans le troupeau (organisation des soins, bonne gestion des animaux malades...).

« Avec l'augmentation de la taille des troupeaux, les mesures concernant les mouvements de personnes - techniciens, vétérinaires et surtout voisins - représentent à mon sens une priorité pour maîtriser les risques d'apport de pathogènes. L'hygiène est essentielle. Il est donc indispensable de leur proposer pédiluves, matériels de nettoyage des bottes et des mains. Ensuite, d'un point de vue zootechnique, tout achat est un danger potentiel pour l'élevage. Il faut les limiter autant que possible, mettre en place une quarantaine, réaliser les analyses des maladies réglementaires mais également d'autres très contagieuses comme la BVD et surtout effectuer un diagnostic parasitaire (coproscopies) trop souvent oublié et à l'origine de contamination dans des régions indemnes. Ce n'est pas parce qu'on connaît le vendeur, qu'on ne peut pas acheter une maladie ! A chaque acquisition on s'expose à des risques. La quarantaine devrait également être de mise pour les animaux de retour de centre de rassemblement ou de vente aux marchés », insiste le vétérinaire.

Biosécurité : un coût réduit par rapport à celui d'une épidémie

Intra troupeau, il faut éviter le mélange des classes d'âge et des lots mais aussi du matériel de traitements (seringues pour vaches et veaux différentes). La gestion du pâturage est un volet important. « La double clôture élimine le léchage des animaux avec le troupeau du voisin. Le risque voisin est plus important que le risque faune sauvage. Les déclarations de prêts, de mises en pension, d'alpages sont essentielles pour trouver l'origine de l'introduction d'un pathogène en cas de problème. » Ne pas oublier le nettoyage du matériel en commun. Il faut prendre le temps de donner un coup de nettoyeur haute pression. « Les taureaux en copropriété représentent également un danger. A minima, il serait bien de les isoler une semaine, le temps d'effectuer le contrôle des maladies réglementaires, de l'IBR et de la BVD. » L'alimentation (qualité, circulation de camions...) et les effluents sont également à prendre en considération pour se prémunir des contaminations.

Dans un cheptel, une immunité s'installe. Chaque cheptel a son microbisme donc à partir du moment où l'on introduit un germe, même faiblement pathogène, on court des risques. « Le coût d'une case d'isolement (un bout de pré, une vieille écurie...), d'une quarantaine ou encore d'analyses n'est pas si conséquent au regard de celui d'une épidémie - en moyenne de 40 EUR par veau selon le cas. »

 

« La biosécurité, c'est protéger son troupeau avec bon sens avec ce qui concerne les règles d'hygiène. »

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