Santé animale 28 mars 2001 à 17h26 | Par Annick Conté

Troubles du comportement, de la locomotion... - Quand faut-il suspecter l´ESB ?

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Seulement un tiers
des éleveurs
qui ont répondu
à notre enquête
sur l´ESB pensent savoir reconnaître
les symptômes
de l´ESB. Éric Collin, vétérinaire coordonnateur
du réseau d´épidémiosurveillance pour les Côtes-d´Armor(1),
vous fait part
de son expérience.

Quels sont les symptômes de l´ESB ? Beaucoup, parmi les éleveurs enquêtés, ont en tête les images vues à la télévision de vaches qui tremblent et ne tiennent plus sur leurs pattes. "Ce sont des animaux qui sont tout à la fin de la phase clinique de la maladie, explique Eric Collin, vétérinaire coordonnateur du réseau d´épidémiosurveillance pour les Côtes-d´Armor. Les premiers symptômes sont moins spectaculaires mais doivent alerter l´éleveur. En fait, il faut distinguer quatre stades dans l´évolution de la maladie clinique, et elle dure en général entre un mois et demi et deux mois(2)."

Au début de la maladie (stade 1), de légers troubles du comportement et de la locomotion apparaissent. Au début, les deux ne sont pas toujours associés. "L´animal a une petite raideur à l´arrière, comme lors d´une petite lésion médullaire suite à une chute sur le béton ou après un vêlage difficile. La démarche est chaloupée, mal coordonnée."

Au stade 2, les symptômes deviennent plus nets : "L´animal va s´isoler, s´énerver lors d´une présence étrangère, se lécher fréquemment le mufle (signe inconstant), avoir des mouvements fréquents des oreilles. Généralement, cela se remarque. Il devient anxieux et refuse de franchir de petits obstacles comme une marche ou d´entrer en salle de traite. Les troubles locomoteurs s´aggravent : l´animal chute sur les sols glissants. Le grincement de dents permanent (assez rare mais caractéristique) peut apparaître dès ce stade, ainsi que des secousses musculaires (tremblements) très fréquemment rencontrées."
Jamais d´amélioration

Au stade 3, au bout d´un à deux mois environ, la phase létale s´installe. "L´animal réagit à tout avec exagération : à la lumière, au contact, au bruit. Quand on le sollicite en insistant, il fait une véritable crise de nerfs, il tombe et bave ; un animal normal réagit au début, puis ne dit plus rien. Il suffit de le toucher avec la pointe d´un stylo pour qu´il réagisse. Il n´est pas facile de lui mettre un licol ou simplement de lui toucher la tête, car l´hypersensibilité est plus marquée à l´avant."

"Le stade 4, juste avant la mort, est particulier. Les signes ne sont pas toujours évidents pour le vétérinaire, car il n´y a presque plus rien : l´agressivité et l´hyperexcitabilité peuvent disparaître. L´animal ne peut plus se lever ; il peut avoir des petits tremblements et des mouvements de tête, même quand il est couché." A la fin, il sombre dans le coma et meurt.
"Le vétérinaire, qui voit un animal par terre sans pouvoir dire ce qui s´est passé (l´éleveur l´a traité seul) doit suspecter l´ESB, met en garde Éric Collin en appelant à la vigilance sur les animaux en début d´évolution (stade 1) et sur les animaux à terre (stade 4).On constate aussi parfois une bradycardie (baisse de fréquence cardiaque) avec de brefs épisodes de tachycardie (accélération du rythme cardiaque), mais sans valeur diagnostique." L´animal n´a pas de fièvre. On constate une baisse de l´état général et très souvent une baisse de production laitière. Même si parfois il y a des phases de stabilisation, la maladie évolue toujours vers la dégradation.

Dans la moitié des cas, Éric Collin a été appelé au stade 4 de la maladie, "et l´animal était souvent montré à l´occasion d´une autre visite. C´est vrai que maintenant, je suis appelé plus tôt." Dans les Côtes-d´Armor, 26 cas d´ESB ont été décelés par le réseau d´épidémiosurveillance pour une centaine de suspicions (appels du vétérinaire coordonnateur). "Il faut être très vigilant sur tout trouble d´expression nerveuse non explicable, conclut Éric Collin. L´éleveur ne doit pas hésiter à demander l´avis de son vétérinaire. Il est trop risqué de laisser passer un animal malade l´ESB en dehors du réseau de surveillance. C´est une question d´honnêteté, de professionnalisme, et en plus, l´éleveur sera rassuré."
A. C.


(1) intervenu lors d´une journée Pathologie bovine organisée en juin dernier à l´école vétérinaire d´Alfort par le professeur Jeanne Brugère-Picoux.
(2) minimum 15 jours - maximum 6 mois voire plus en fonction des capacités d´observation de l´éleveur

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